21 avril 2018

la coop

© Bibliothèque et Archives Canada / PA-37500, © Héritage Montréal

 

Terre de passage pour les oies sauvages, la Pointe fut un terrain de chasse pour plusieurs peuples autochtones. Lors de la colonisation française, la culture de ses terres fournit à manger pour la ville. Puis le secteur s’industrialise: enclavé d’un côté par le canal de Lachine et les usines qui le bordent, de l’autre par les ateliers ferroviaires du Canadien National et ses nombreux chemins de fer, Pointe-Saint-Charles devient un quartier ouvrier très dense.

En 1970, le canal ferme, et la plupart de ses industries avec. Le quartier, vidé de ses emplois, entre dans une phase de chômage et de pauvreté, provoquant un flot de solidarités qui donneront vie à divers projets communautaires autonomes. Le quartier se dote directement de moyens visant l’accès aux services juridiques, aux soins de santé et à l’éducation populaire, la sécurité alimentaire et l’habitat coopératif et durable. Ces initiatives ont perduré à travers le temps et continuent de donner à la Pointe son souffle solidaire et son ambiance de village autonome.

Pointe-Saint-Charles fut longtemps appelé le « quartier aux cent tavernes » : on en trouvait à tous les coins de rue! Désindustrialisé, il perd un à un ces lieux de rencontre, tandis que ses habitant-es se mobilisent et réinventent leurs communautés. Tissée de solidarités, la Pointe a pourtant peu de lieux qui puissent accueillir les gens du coin (et les enfants) au 5 à 7, les grandes discussions des soirées arrosées ou simplement les sessions de repli au creux de la journée. On rêvait d’un nouveau lieu qui fasse tout ça et plus: c’est pourquoi les sans-taverne!

Photo : auteur inconnu, 1937, Archives de la Ville de Montréal, VM98,SY,D4,P036

 

Les sans-taverne se sont rencontré.es à la croisée des chemins, entre luttes étudiantes ou populaires, amitiés, vie commune et petits boulots. Au fil du temps s’est forgé un désir partagé de créer un projet qui nous tienne ensemble à long terme, et qui s’inscrive dans le tissage et la réinvention de notre quartier, Pointe-Saint-Charles.

Fondée en 2014, la coopérative a voulu s’installer sur la rue principale du ‘village’, mais, plusieurs mois de recherche plus tard, le fait était que les loyers et les conditions locatives étaient trop précaires dans un quartier en plein changement. C’est ainsi qu’on en est revenu.es à nos anciens amours, le Bâtiment 7, pour lequel la plupart des membres ont milité durant la dernière décennie.

C‘est cette motivation commune qui nous a poussé.es à prendre à bras-le-corps l’ouverture de son lieu de vie principal. Étant d’abord habitant.es du coin, on vivait nous-mêmes la sensation de manque d’un chez-nous en commun, d’un lieu qui nous ressemblerait : bon, pas cher, chaleureux, avec une personnalité et des traditions qui se tissent au fil des jours et selon qui habite le lieu. De ce besoin, nos forces se sont alliées autour du projet de brouepub : brassage de bières artisanales, autogestion, cuisine inventive, organisation et animation…

Le mode d’organisation coopératif allait de soi. La volonté contagieuse de s’organiser à l’horizontale, sans patron, ni gestionnaire ni actionnaire, s’est rapidement imposée comme un pilier de l’équipe fondatrice. Doublée d’un fort désir de s’approprier un lieu et d’apprendre à toutes les étapes, l’autogestion s’est immiscée dans tous les aspects de l’organisation : du chantier d’aménagement en passant par l’élaboration des recettes, la décoration ou les conditions de travail.

 

Un brouepub, c’est une brasserie artisanale à petite échelle, avec son salon de dégustation. C’est une petite brasserie qui n’aspire pas à vendre ses produits sur les tablettes des dépanneurs et épiceries, mais plutôt de faire découvrir ses bières, brassées sur place, dans une ambiance chaleureuse et rassembleuse.  Paraîtrait qu’en anglais, le mot « pub » proviendrait de l’expression « public house » !

 

 Au creux des années d’attente pour le Bâtiment 7 et à moins d’une heure de Montréal a poussé une houblonnière qui, après 5 ans, produit déjà plus de 20 kilos de houblon brassicole biologique par an. MountHood, Hallertauer, Cascade, Saaz, Chinook!

Cette petite production nous permettra de produire des bières Harvest à chaque automne. La houblonnière est hébergée chez nos ami.es des Jardins de la Résistance à Ormstown, en Montérégie, une coopérative de travail alliée qui fournit également du miel, des herbes aromatiques et médicinales ainsi qu’une variété de fruits et légumes biologiques qui permettront d’effectuer des brassins complètement originaux.

 

Le Collectif 7 à Nous s’est réapproprié ce bâtiment industriel patrimonial,
fragment de l’histoire populaire de Pointe-Saint-Charles, afin de le convertir en une
fabrique d’autonomie collective, un lieu de rassemblement alternatif accessible et bouillonnant de projets. Enraciné dans le milieu qui l’a fait naître, ouvert sur le monde, le Bâtiment 7 aspire à devenir un moteur de transformation culturelle, sociale, politique, économique et environnementale.

 

La première phase du projet abritera la coopérative les sans-taverne, mais également plusieurs autres projets et collectifs : 

L’Épicerie autogérée Le Détour
Atelier-coopérative de travail du métal La Coulée
Coopérative de vélo Cycle 7
Arcade Coopérative Press Start
École d’Art de Pointe-Saint-Charles
Ateliers Collaboratifs : bois, vélo, mécanique, impression numérique, chambre noire, sérigraphie, céramique